Arabische Revolte: Berichterstattung

Marwa Rekik: La Tunisie à partir du 23 octobre 2011

© Marwa Rekik
© Marwa Rekik

Marwa Rekik est journaliste et réalisatrice tunisienne, et en même temps militante pour les droits de l'homme. Elle travaille en tant qu’animatrice et productrice de Radio Kalima et a fait des films documentaires sur la liberté d’expression. Mme Rekik est aussi membre du syndicat des journalistes tunisiens. 

La journée du 14 janvier 2011 a fait date aussi bien par le changement complet de vie qu’elle signifie pour les Tunisiens, que pour le reste du monde. Celui-ci entier a eu les yeux tournés vers la Tunisie en 2011 et rivés en particulier vers elle lors du premier scrutin libre du printemps arabe.

Les élections du 23 octobre

Le 23 octobre 2011, les Tunisiens élurent enfin librement une Assemblée constituante. Le plus difficile reste à faire: tracer les lignes des nouvelles institutions démocratiques, en tenant compte des difficultés internes et du contexte politique international avec pour objectif de sauver la Tunisie et y reconstruire une nouvelle vie. 

Un peu plus d’une semaine après l’élection de l’Assemblée constituante, le pays semble accepter le jeu démocratique et même les observateurs internationaux qui ont suivi les élections, confirment que celles-ci ont été menées de manière transparente, libre et honnête.

Les résultats des élections 2011

Le peuple tunisien a donné la majorité des sièges à Ennahda, parti islamiste tenu à l’écart de la vie politique du temps de Ben Ali, puis on trouve le parti Congrès pour la République (CPR), parti d’idéologie centre gauche et enfin à la troisième place le Forum Démocrate pour le Travail et la Liberté (ETTAKATOL), ce dernier parti se réclamant du socialisme démocratique.

Le parti  Ennahda a ouvert les négociations avec les autres partis siégeant à l’assemblée pour former un gouvernement. Pour la période à venir, une alliance entre Ennahda, CPR et ETTAKATOL dirigera le pays. La durée du mandat de l’Assemblée constituante est d’un an d’après une déclaration signée par les principaux partis, cette période fait figure de premier test pour les nouveaux dirigeants de la Tunisie. Dans chaque élection il y a toujours une surprise.

La seule force politique à avoir contesté les résultats est celle de la Pétition populaire de El Hachmi Hamdi dont des sympathisants ont saccagé plusieurs bâtiments administratifs à Sidi Bouzid et qu’on dit proche des anciens membres du parti du Rassemblement constitutionnel démocratique (RCD) fondé le 27 février 1988 par Ben Ali.

La situation de la Tunisie aujourd’hui

© Arab Euronews
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Les Tunisiens attendent à présent une amélioration notable de leur niveau de vie. Dans l’euphorie de la révolution, beaucoup de promesses ont été faites. Naturellement sans garantie – car la situation actuelle de la Tunisie n’est stable ni au niveau politique  et social ni au niveau du tourisme et de l’économie.

Politiquement, la situation peut se résumer ainsi : Ennahda est le parti le plus puissant de l’assemblée et bénéficie du soutien du CPR qui comporte en son sein, il ne faut pas l’oublier, une forte composante nationaliste et/ou islamiste. L’axe Ennahda/CPR dispose de la majorité absolue dans l’Assemblée constituante. ETTAKATOL peut représenter la voix des Tunisiens qui ont des doutes sur les règles du jeu qu’Ennahda va définir, sans oublier bien sûr la présence de la Pétition populaire de El Hachmi Hamdi, la surprise des élections.

Les trois postes présidentiels

Le poste de président de la République échoit au CPR et son leader Moncel Marzouki. Pour ce qui est de Mustapha Ben Jaafar, son parti n’a fait que subir la loi du plus fort et il se retrouve à la tête de l’Assemblée constituante. En ce qui concerne Ennahda, le parti le plus puissant, Hamdi Jbali reçoit le poste de premier ministre de la République Tunisienne.

L’impact des élections sur la situation des femmes tunisiennes

Dans le monde arabe, les femmes, quasi absentes des postes de décision et des instances de représentation, ne constituent qu’une infime minorité des partis politiques et au niveau de leurs directions, il n’y a que peu d’exceptions.

Malgré tout, la situation des femmes maghrébines a connu une évolution positive au cours de ces dernières décennies et en termes de participation politique, la situation est plus rassurante, du moins au premier abord. Les problèmes sont déjà connus et au temps de Ben Ali le gouvernement n’a rien entrepris en ce sens: le statut des mères célibataires, de celles qui travaillent à plein temps et de manière sous rémunérée, tout cela est encore jugé comme partie négligeable.

La question qui se pose aujourd’hui  est de savoir si le parti islamiste Ennahda va garantir la présence des femmes à l’Assemblée constituante. La femme tunisienne doit désormais se positionner dans le paysage politique, social et économique du pays et être vraiment décisive. 

Si l’on prend l’exemple de la première séance de l'Assemblée nationale constituante où 49 femmes sont élues soit 24% des 217 sièges, aucune femme membre d’Ennahda n’a pris la parole, tout juste quelques femmes du partis gauche comme la secrétaire général du Parti Démocrate Progressiste (PDP) Maya Jeribi et la femme “modern” Salma Baccar, réalisatrice Tunisienne, sont intervenues. Les femmes du parti Pôle Démocratique Moderniste se sont exprimées et ont partagé des idées avec leurs collègues masculins. Par contre, les femmes élues d’Ennahda servent-elles de faire-valoir? 

Les fonctionnaires du parti Ennahda doivent cependant se confronter à nouveau à la réalité de la Tunisie d’aujourd’hui, où le droit de porter le voile “Hijab” cohabite avec le droit de porter des vêtements de style européen. La question se résume à la possibilité de faire coexister ces tendances antagonistes en Tunisie. Tout en espérant que la Tunisie appartienne à tous les Tunisiens, hommes ou femmes, militants ou militantes voilées ou non voilées. (18.12.2012)

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